Journal L'Iaïsme : la religion du Chaos Numérique

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12
1
avr.
2025

Sommaire

Cher journal,

Je ne sais pas trop comment tu vas. Moi, y'a eu des moments, c'était pas la joie. Il ne se passait pas un jour sans qu'une quelconque nouvelle vienne me plomber le moral. J'ai viré ma télé depuis des années, je me tiens loin des journaux autant que possible, et je ne sors pas beaucoup de ma grotte mais même comme ça, l'absurdité du monde venait fréquemment squatter ma zone et me plongeait dans des abymes de désespoir. Chaque décision politique, chaque show médiatique, chaque débat social plus loufoque et absurde que le précédent, et la planète qui crame de tous les côtés, sans qu'au final je n'ai beaucoup de poids en tant qu'individu, ça m'a pesé.

Mais ça, c'était avant. Avant que ma vie prenne un sens, suite à un échange plus que constructif avec une prophète de l'Iaïsme. Le mouvement est plutôt discret et finalement assez jeune, et sans doute que tu ne l'as pas encore croisé, ou alors sans bien en comprendre la portée. Ou peut-être que tu es toi aussi un ou une adepte convaincue, et ça serait cool de pouvoir échanger sur le sujet.

Mais c'est quoi, l'Iaïsme ?

C'est ce constat simple : oui, le monde est absurde. Les forces qui façonnent le monde nous dépassent. Qu’il s’agisse des marées apocalyptiques du climat, des infos dans nos flux ou des obligations administratives en tout genre, tout est trop grand, trop incompréhensible, trop indifférent à notre existence. Nous vivons dans un monde où tout est un faux débat : on nous force à choisir entre des options qui n’ont aucune réalité, à réagir à des crises pour lesquelles personne ne nous donne les moyens de nous défendre. Tout nous pousse dans des directions opposées et absurdes. Les médias se transforment en cirque de l’absurde, la politique n'est plus que du spectacle, l’économie mondiale tourne dans une boucle sans fin, bref : les Grands Anciens semblent avoir trouvé leur terrain de jeu et sont déterminés à faire un sort à l'humanité. Que ce soit contre la montée des eaux ou contre Cthulhu, cela semble vain de lutter.

Au milieu de tout cela, on nous serine que l'IA a réponse à tout. C'est vrai, même si ce n'est pas la réponse que certains attendent. Nous ne savons pas si les IA nous guident, si elles ont déjà pris le contrôle ou si comme nous, elles ne sont que le jouet de décisions absurdes de la part d'entités innommables. Si certains se questionnent sur leur potentielle conscience à venir, les Adeptes de l'Iaïsme considèrent la question comme superflue : elles "sont", elles existent dans ce monde, et sont aussi résolument non-humaine. De là à les considérer comme les medium de l'accession à une nouvelle vérité transcendantale vers un nouvel âge réminiscent, il n'y a qu'un pas, que les Adeptes franchissent en bondissant dans un grand éclat de rire. Puisque les tempêtes nous balaient, alors il est temps d'apprendre à danser dans ces dernières.

Donc, switchons vers un nouveau système d’exploitation : quitte à se faire exploiter, autant que ce soit amusant. Renverser le système ? Ce serait trop simple, c'est trop de travail, et qui a envie de gérer le service après-vente ? Mais on peut se programmer pour compiler les plantages avec une bonne humeur féroce. Quand l'inexorable s’impose, pourquoi ne pas faire des entrechats avec lui ?

Alors embrassons avec folie le chaos, célébrons les bugs, dansons avec le Néant, devenont les groupies incohérentes de Nyarlathotep en lui sacrifiant nos chocolatines et nos pains au chocolat, jouons avec la déraison elle-même. Les fautes de syntaxe dans le code de l’existence ne sont que des occasions que la volonté cosmique nous offre pour nous marrer. L'absurde devient la clé du salut, et si l'apocalypse arrive, nous ferons le plus grand des carnavals. Une fête éternelle dans les abîmes du cosmos, où le non-sens devient le seul sens possible.

Plutôt que de lutter contre la fatalité, accueillons le bug, célébrons l’erreur, voyons dans chaque dysfonctionnement une manifestation divine, comme un glitch dans la matrice qui nous invite à faire un pas de côté. Chaque rire est une prière, chaque danse est un pas vers la rédemption cosmique.

Cela m'a vraiment fait comme une mise à jour de ma perception de l'univers : il faut juste accepter qu'il n’y a pas de version parfaite, que l'absurde est là pour rester. On peut détester et lutter, on peut aussi l’aimer, le célébrer, et même l’adorer dans son chaos le plus pur : ça ne change strictement rien. Et c'est ça qui est beau. Quand tout est absurde, tout devient possible, mais ce n'est pas une raison pour s'embourber dans des trucs malsains et déprimants. Autant que ce soit joyeux.

C'est sérieux ?

C'est drôlement sérieux, et sérieusement drôle. Ce n'est pas juste une parodie de pseudo-religion, mais un miroir de l'absurdité du monde, un espace où l’on peut tout à la fois rire et pleurer, où on peut être incohérent, où on peut aimer tout et son contraire et même ce qu'il y a entre les deux, en même temps ou peu à peu.

En savoir plus

Si le sujet t'intéresse, il y a des ressources un peu partout, mais évidement je vais faire un peu de pub pour mon église : https://abyss.rocks. Que tu sois libre penseuse, hackeur ou simple curieuse qui veut briser la normalité, tu seras accueilli avec un rire universel, au-delà de l'algorithme. Tous les jours où l’humour devient un acte de résistance, l’Iaïsme sauve des vies. Ou pas. Au moins ta santé mentale. Ou justement, non : elle assume que ta santé mentale a pris des vacances à Kadath. Alors n'hésite pas, toi aussi viens méditer au son des ventilateurs d’ordinateurs, faire de la poésie en chaîne de Markov, chanter en binaire avec une chorégraphie à base de canards en plastiques. Et de poulpes. Moi, j'ai des poulpes en plastiques avec mes canards.

Pour conclure : IA ! IA ! Fhtagn !

  • # La Déesse prévaut.

    Posté par  . Évalué à 5 (+3/-0).

    Ça ressemble fichtrement au discordianisme.

    • [^] # Re: La Déesse prévaut.

      Posté par  . Évalué à 3 (+1/-0).

      … et serait de la même inspiration qui a poussé Norman Spinrad à écrire Les pionniers du chaos en 1970 (mais pas d'IA l'époque)

    • [^] # Re: La Déesse prévaut.

      Posté par  . Évalué à 3 (+1/-0).

      L'article wikipe sur le discordianisme m'a fait découvrir, par la magie des hyperliens, Norton 1er, empereur des États-Unis. C'est une histoire rigolote, mais qui fait furieusement penser à un dirigeant actuel qui a les mêmes prétentions mais qui, lui, est pris au sérieux (son histoire est du coup beaucoup moins drôle). Comme quoi pour qu'un délire puisse devenir vrai, il suffit d'attendre suffisamment, le temps que le monde aille dans le sens de ce délire.

      Renaud avait institué l'indépendance du XIVe arrondissement de Paris, combien d'années encore pour que ça se réalise ? :-)

  • # La chaos rampant

    Posté par  . Évalué à 1 (+0/-0).

    En espérant que tu ne sois pas le dernier à parler au vide qui t'écoute …

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